Un rapport sur le Rwanda accuse la France d’avoir «  permis  » le génocide de 1994

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Le rapport de 600 pages dit que la France «n’a rien fait pour arrêter» les massacres, en avril et mai 1994, et dans les années qui ont suivi le génocide a tenté de dissimuler son rôle et a même offert une protection à certains auteurs.

Elle a été faite lundi après sa présentation officielle au cabinet du Rwanda.

Il conclut que dans les années qui ont précédé le génocide, l’ancien président français François Mitterrand et son administration avaient connaissance des préparatifs des massacres – tout en continuant à soutenir le gouvernement du président rwandais de l’époque Juvénal Habyarimana malgré les «signes avant-coureurs».

«Le gouvernement français n’était ni aveugle ni inconscient du génocide prévisible», soulignent les auteurs.

Le rapport rwandais arrive moins d’un mois après un rapport français, commandé par Macron, a conclu que les autorités françaises avaient été «aveugles» aux préparatifs du génocide et avaient ensuite réagi trop lentement pour apprécier l’ampleur des meurtres et y répondre. Il a conclu que la France avait «de lourdes et écrasantes responsabilités» en ne répondant pas à la dérive qui a conduit au massacre qui a tué principalement les Tutsis et les Hutus modérés qui ont tenté de les protéger. Des groupes de Hutus extrémistes ont perpétré les massacres.

Les deux rapports, avec leurs détails étendus même si différents, pourraient marquer un tournant dans les relations entre les deux pays.

Le Rwanda, petit mais stratégique pays de 13 millions d’habitants, est «prêt» pour une «nouvelle relation» avec la France, a déclaré à AP le ministre rwandais des Affaires étrangères, Vincent Biruta.

«Peut-être que la chose la plus importante dans ce processus est que ces deux commissions ont analysé les faits historiques, analysé les archives qui leur ont été mises à leur disposition et sont parvenues à une compréhension commune de ce passé», a-t-il déclaré. «À partir de là, nous pouvons bâtir cette relation solide.»

Un haut responsable du bureau de Macron a salué lundi le rapport comme une «étape décisive» qui montrait «la volonté exprimée par les autorités rwandaises d’écrire une histoire commune et, surtout, de se tourner vers un avenir commun».

Il a également noté «une confiance politique sans précédent» atteinte entre Paris et Kigali, les responsables rwandais ayant montré des signes d’accord avec «l’approche de rapprochement irréversible» adoptée par la France.

Macron envisage de se rendre au Rwanda dans les mois à venir, a déclaré le responsable, qui s’est exprimé de manière anonyme conformément à la politique de la présidence française.

Le rapport rwandais, commandé en 2017 au cabinet d’avocats de Washington Levy Firestone Muse, est basé sur un large éventail de sources documentaires provenant de gouvernements, d’organisations non gouvernementales et d’universitaires, notamment des câbles diplomatiques, des documentaires, des vidéos et des articles de presse. Les auteurs ont également déclaré avoir interrogé plus de 250 témoins.

Dans les années qui ont précédé le génocide, «les responsables français ont armé, conseillé, formé, équipé et protégé le gouvernement rwandais, sans tenir compte de l’engagement du régime Habyarimana en faveur de la déshumanisation et, en fin de compte, de la destruction et de la mort des Tutsis au Rwanda», selon le rapport. .

Les autorités françaises de l’époque poursuivaient «les intérêts de la France, en particulier le renforcement et l’expansion de la puissance et de l’influence de la France en Afrique».

En avril et mai 1994, au plus fort du génocide, les responsables français «n’ont rien fait pour arrêter» les massacres, indique le rapport.

L’opération Turquoise, une intervention militaire dirigée par la France et soutenue par l’ONU qui a débuté le 22 juin, «est arrivée trop tard pour sauver de nombreux Tutsis», indique le rapport.

Les auteurs affirment n’avoir trouvé «aucune preuve que des fonctionnaires ou du personnel français aient participé directement à l’assassinat de Tutsi pendant cette période».

Ce constat fait écho à la conclusion du rapport français qui a débarrassé la France de sa complicité dans les massacres, affirmant que «rien dans les archives» ne démontre une «volonté de se joindre à une opération génocidaire».

Le rapport rwandais aborde également l’attitude des autorités françaises après le génocide.

Au cours des 27 dernières années, «le gouvernement français a dissimulé son rôle, déformé la vérité et protégé» ceux qui ont commis le génocide, dit-il.

Le rapport suggère que les autorités françaises ont fait «peu d’efforts» pour renvoyer en justice les auteurs du génocide. Jusqu’à présent, trois ressortissants rwandais ont été condamnés pour génocide en France.

Il critique également vivement le gouvernement français pour ne pas avoir rendu public des documents sur le génocide. Le gouvernement du Rwanda a notamment soumis trois demandes de documents en 2019, 2020 et cette année que le gouvernement français a «ignorées», selon le rapport.

En droit français, les documents relatifs aux politiques militaires et étrangères peuvent rester classifiés pendant des décennies.

Mais les choses sont peut-être en train de changer, selon le rapport rwandais, mentionnant des «signes encourageants».

Le 7 avril, jour de la commémoration du génocide, Macron a annoncé la décision de déclassifier et de rendre accessible au public les archives de 1990 à 1994 appartenant aux bureaux du président et du Premier ministre français.

«Les récentes divulgations de documents en rapport avec le rapport (français) … peuvent signaler un mouvement vers la transparence», ont déclaré les auteurs du rapport rwandais.

Le président Paul Kagame du Rwanda a salué le rapport commandé par Macron comme «une bonne chose», se félicitant des efforts déployés à Paris pour «aller de l’avant avec une bonne compréhension de ce qui s’est passé».

Et en juillet, une cour d’appel de Paris a confirmé la décision de mettre fin à une enquête de plusieurs années sur l’accident d’avion qui a tué Habyarimana et déclencher le génocide. Cette enquête a aggravé le gouvernement rwandais parce qu’il ciblait plusieurs personnes proches de Kagame pour leur rôle présumé, des accusations qu’ils ont démenties.

La semaine dernière, un prêtre rwandais a été arrêté en France pour son rôle présumé dans le génocide, ce qu’il a nié.

Le bureau de Macron a déclaré que le gouvernement français s’était engagé à fournir les «moyens nécessaires» pour permettre «l’intensification» des poursuites judiciaires contre les auteurs présumés du génocide. Les militants estiment que plus de 100 d’entre eux vivent sur le territoire français.

L’écrivain AP Rodney Muhumuza a contribué de Kampala, en Ouganda.

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